LE CLONAGE INSTITUTIONNEL - SOMMAIRE

INTRODUCTION : LE TEMPS DE L'ECRITURE

PREMIERE PARTIE : LA CONDITION IMMIGREE

I - IMMIGRATION ET COOPERATION,
GEOPOLITIQUE LOCALE ET GLOBALE

Le double standard

II - DU STATUT A LA CONDITION
Un statut historique dilué dans un portrait robot - Quand la
condition tient lieu de statut

III - LA DETERRITORIALISATION : UNE DEPORTATION MODERNE
Le corps comme territoire, le corps comme statut – L'équation
fantasmatique – L'impossible égalité des chances


DEUXIEME PARTIE: LES REPONSES INSTITUTIONNELLES

IV - PREMIER VOLET : LES AIDES AU RETOUR.
EXPULSION HUMANITAIRE OU CO-DEVELOPPEMENT ?

Une double contrainte – La problématique de l'aide – Aide à
l'installation et discrimination positive – Aide au retour et création
d'entreprises – Aides au retour et développement

V - DEUXIEME VOLET : LES COOPERATIONS D'ETAT ET LES
PROGRAMMES D'AJUSTEMENTS STRUCTURELS (PAS)

Les comptoirs de l'Aide publique au développement (APD) – Les
accords de Liné Marcoussis de 2002 – Le marché du développement,
marché de la pauvreté – La coopération multilatérale et ses prêts
d'ajustements structurels (PAS) – Repositionner l'APD –
Souveraineté et responsabilité des pays d'émigration – Que reste-t-il
de la démocratie ?

VI - TROISIEME VOLET : POLITIQUE DE LA VILLE ET
CONTRATS DE VILLE

Exemple d'une négociation publique avortée – Le marché des
subventions, le traitement du traitement – Politique de la ville, un
contrat social dévoyé – Sur la participation – De la société civile


TROISIEME PARTIE : LA CONFISCATION DES TERRITOIRES
ET LES NOUVEAUX RENTIERS


VII - LA SOCIETE SCOLAIRE
L'école, clone de la société –L'offre scolaire, l'excellence pour tous –
Pour une pédagogie renouvelée et des apprentissages adaptés :
Réflexion sur les indispensables et les fondamentaux – Exemple
d'une expérience pédagogique sur la citoyenneté dans un lycée – De
la difficulté de faire émerger une parole libre et authentique sur
l'école – A propos de la formation des enseignants – Le don de soi ou
la vocation – Et les élèves dans tout ça ? Les épreuves orales du Bac,
une grande mystification – Sur l'orientation scolaire – Faire du
collège la rampe de lancement pour la réussite scolaire – Le mirage
de l'intégration par l'école des enfants issus de l'immigration – Le
malaise à l'école - Formatage au bloc

VIII - LA SOCIETE DES RENTIERS

>>> La rente selon l'économiste Ricardo

>>> Les rentes de statuts
Régimes spéciaux – Les retraites, régimes très spéciaux – Les cumuls
des mandats – L'empire de la coagulation – Les métiers du
renouvellement urbain, métiers à fort taux de rentes du marché de la
politique de la ville – Crise de logement, effet d'optique – A propos de
la mixité sociale

>>> Les rentes de position, les acteurs de l'info spectacle
De l'édition et de la télé littérature – droits d'auteurs et intellectuels
médiatiques

>>> Les rentes de situation
La banque et vous – Le pantouflage – La rente des allocations
familiales pour les familles aisées

IX - LA SPIRALE CONTRE-PRODUCTIVE D'UNE GOUVERNANCE
RENTIERE ET PATRIMONIALE.

DE PARADOXE EN PARADOXE.


Paradoxe 1. Les Héritiers dans la Fonction publique, les autres dans le privé et l'associatif.
Paradoxe 2. La rencontre impossible entre des acteurs de culture divergente.
Paradoxe 3. Des politiques territoriales qui ignorent et rejettent les habitants et les usagers.
Paradoxe 4. L'impossible égalité des chances.
Paradoxe 5. L'idéologie de l'Egalité dans un univers d'emplois réservés.
Paradoxe 6. L'Etat providence ou le vaste de rentes viagères.
Paradoxe 7. Du viol des foules par les féodalités et du silence complice des intellectuels.
Paradoxe 8. Des gagnants qui ressemblent fort à des tricheurs voire à des voleurs et des perdants qui sont des victimes : curieuse victoire.
Paradoxe 9. La société des rentiers contre les producteurs et les créateurs.
Paradoxe 10. Un double régime de libertés.
Augmenter les protections. Légiférer sur la notion du risque aujourd'hui. La loi et vous : entre l'exemplaire et l'idéal. Responsabilité et Solidarité : les faux amis. Protéger les libertés des familles.
Paradoxe 11. Politique de la Ville, une politique du meilleur en passe de devenir la politique du pire.
Acte 1. Chronique d'une gouvernance tronquée. Acte 2. Démocratie représentative, démocratie participative : l'impossible coopération. Acte 3. Le cadre Noir des ZUS (zones urbaines sensibles) - la superstructure des notables locaux - un cadre expérimental - Le carré noir des ZUS - Le trou noir.
Paradoxe 12. Du commandement unique dans une démocratie.
Paradoxe 13. La société de connivence contre le projet démocratique.

Sortir des Paradoxes : Déscolarisons l'école pour déscolariser la société.



CONCLUSION : DEFAIRE LA SOCIETE DES RENTIERS

Odile Tobnet, l'ordre des mots.

LES AGENTS DOUBLES ET TROUBLES DES POLITIQUES RENTIERS
Au nom de l'intégration, la double contrainte - Au nom de la loi, la présomption de culpabilité fait autorité - Au nom de l'égalité de tous les hommes, la citoyenneté politique est à mendier et le droit de travailler rationné - Au nom du nouvel ordre mondial, l'échange inégal s'accentue - Des économies budgétaires sur le dos des pauvres - Au nom de la civilisation, il y a eu la colonisation - Au nom de la construction européenne, l'histoire coloniale et celle des peuples s'autodégradent - Au nom de la coopération, il y a eu la Françafrique et l'aide publique au développement a muté en aide secrète au contre développement - Au nom du développement des pays pauvres, l'aide au développement piétine - Au nom du développement des territoires classés politique de la ville et aujourd'hui ZUS, on a créé un marché de la pauvreté qui ne profite pas aux pauvres - Au nom de la politique de la ville, le cumul des mandats s'est renforcé par l'agrégation des fonctions d'Administrateurs capturées par des élus cooptés entre eux - Au nom de la décentralisation, la recentralisation locale, Au nom de la décentralisation et du progrès, on a conforté le maquis institutionnel et le clonage institutionnel - Au nom de la démocratie, les audits sont limités - La réforme de l'Etat, pertinente mais hésitante - De la légitimité politique - Le FN : critique de l'établissement et de l'immigration -

DU COTE DE LA SOCIETE CIVILE

NOTRE DEMOCRATIE EST DESENCHANTEE

DE LA SOTTISE EN POLITIQUE
LE CLONAGE INSTITUTIONNEL - SOMMAIRE

# Posté le samedi 21 avril 2007 04:57

Modifié le mardi 01 juillet 2008 16:02

EDITOS

EDITOS


POLITIQUE DE LA CIVILISATION OU POLITIQUE CIVILISEE

- NOTRE EDITORIAL DU 12 JANVIER 2008.



LES MOTS ET LES CHOSES


En France, le politique est omniprésent, omniscient et omnipotent : sa primauté est établie en toute chose et en toutes circonstances. Tout passe par le politique et tout revient au politique. L'Etat règne sur tous les pans de la société et, comme chacun le sait, « qui trop embrasse, mal étreint ». Pendant longtemps, les mots et les déclarations politiques ont servi d'alibis à cette étreinte qui corsete. Bienvenu donc au concept du moment d'une « politique de civilisation » revisitée, si les mots et les choses seront accordés.


POLITIQUE DE CIVILISATION.

Depuis que ce concept a été jeté dans l'espace public lors des v½ux présidentiels, les intellectuels ont retrouvé de la voix et un visage, Edgar Morin, l'initiateur du concept. France Inter a donc invité le philosophe Alain Finkielkraut pour un décryptage, le Jeudi 10 Janvier. Ce qui était déjà heureux en soi, car cela a permis de vérifier que là où le politique s'arrête dans le déclaratif, la réflexion philosophique prend le relais pour l'explication. Alain Finkelkraut, on peut l'estimer ou pas, mais on lui reconnaît une autorité intellectuelle. Même s'il a reconduit, dès le début de l'émission, la thèse chiraquienne du « bruit » et des « odeurs » en parlant de Villiers-le-Bel dont il rapporte le témoignage d'un travailleur (béninois d'origine) qui s'est plaint des nuisances sonores des jeunes des banlieues qui font un bruit infernal la nuit avec leurs mini motos, et les « escaliers qui sentent le riz ». Avouez que pour un philosophe, parler ainsi de l'alimentaire et d'un de ses symboles universels, le riz, ne manquait pas de sel. La suite n'est pas banale non plus, puisque le philosophe en a déduit qu'il s'agissait là d'un exemple de « décivilisation en acte » : l'impunité civile. Je ne sais toujours pas s'il pensait aussi que la cuisson du riz devait être punie ou interdite dans les cités.

Deuxième exemple donné par le philosophe pour illustrer le processus de décivilisation, le cas de l'artiste équestre Bartabas, qui s'est livré à des actes de vandalisme du matériel à la DRAC, pour cause de gel d'une partie des subventions de son Académie qui traverse une mauvaise passe financière. L'intéressé a fait la garde à vue pour cela. Invitée la veille, la Ministre de la Culture, Christine Albanel, avait d'ailleurs annoncé, sur cette même antenne, que la plainte contre le sieur Bartabas était maintenue. Alain Finkielkraut ne l'a pas dit, mais on l'aura compris : se faire Justice soi-même va à l'encontre de tous les codes de procédures civiles rédigées depuis Napoléon. Ce que le philosophe n'a pas dit également, et pour cause, est que, la vie de la cité ne peut pas être régie uniquement par le Juridique et l'Administratif. La Morale doit y avoir toute sa place. Là, le philosophe a eu cette phrase péremptoire : « les acteurs mis en cause ici doivent arrêter de se décharger de leurs propres turpitudes sur les politiques ». Selon Alain Finkielkraut, la morale tend à devenir un alibi de ce qu'il faut bien qualifier de délits.

Une telle affirmation ignore le cynisme généralisé de la négociation publique. Que dans une République, l'attribution des subventions publiques soit encore uniquement le fait du Prince abrité derrière la barrière du « pouvoir discrétionnaire » dont nul ne peut définir les contours, pose un véritable problème démocratique. Les décideurs se comportent comme si l'argent public leur appartenait à eux et à eux seuls. Ils ont droit à tous les gaspillages voire à tous les pillages des fonds publics (cf le scandale du logement du Directeur du Cabinet démissionnaire du Ministre du Logement) et dans le même temps, ils légifèrent sur les subventions publiques selon leur bon vouloir. Il est clair qu'on est là en plein régime administratif de décivilisation. Du reste, bien après le scandale, la Ministre de la Culture a cru bon de préciser qu'il y aurait eu une erreur dans la communication du montant de la subvention à Bartabas. En fait, le Directeur de la DRAC a annoncé à l'intéressé un montant inférieur au montant réajusté entre temps, par la magie de la prise de décision administrative. Comprenne qui pourra.

Troisième et dernier exemple donné par le philosophe, le mauvais goût de Thierry Ardisson qui dans une récente émission a décerné les « Alliens d'or » pour les morts de l'année 2007 : Pavarotti, Serrault, le Cardinal Lustiger, Raymond Barre... Les invités votaient pour « la mort qui les avait le moins affligés ». And the winner is Le Cardinal. Décidément, du très mauvais goût. Dans le langage du philosophe Alain Finkielkraut cela donne une expression savoureuse : « l'hilarité comme irruption des convulsions et des pulsions basses » est un acte de décivilisation. « Zéro de conduite » donc.

Ici, il était important de rappeler les conditions dans lesquelles la civilisation est apparue. D'abord, à la Renaissance (au 15ème siècle) avec la culture et l'expérience des belles choses. On sait que l'Art y a atteint son apogée. L'urbanisation des villes y a pris son essor. L'architecture y gagna ses lettres de Noblesse, sous l'impulsion des Beaux-Arts. Le concept de civilisation a retrouvé du sens avec les Lumières (18ème siècle) qui ont préparé la Révolution. La résurgence de ce concept aujourd'hui sonne un peu comme une « Recherche du temps perdu » qu'Alain Finkielkraut a voulu nous faire partager en prenant soin de prendre avec lui un volume complet de la « Recherche » de Marcel Proust qui repose, selon le philosophe, sur « l'idée des plaisirs difficiles ». C'est quoi les plaisirs difficiles ? C'est la Culture. C'est l'effort et le plaisir d'apprendre et de se cultiver. C'est ce qui, au bout du compte, nous rend véritablement libre.

Par opposition, « la déculturation fait disparaître les plaisirs difficiles ». On veut jouir de tout ici et maintenant. On l'aura compris, il y a une forme d'aliénation qui accompagne la déculturation. Ce qui fait dire à Alain Finkielkraut que la « société post-culturelle » dans laquelle nous nous trouvons a pour modèle Eurodisney. C'est le modèle de « l'enfant gâté ». L'exemple donné pour illustration est le propos de Jean-François Kahn qui, pour diagnostiquer la cause de la crise des journaux, a émis l'idée qu'il fallait faire des phrases courtes pour s'adapter au lecteur actuel qui n'a plus le temps de lire. On peut en deviner aisément la cause : la suprématie des jeux informatiques. Pour Alain Finkielkraut, cette culture de la facilité est mal venue en ces temps où on constate globalement que le niveau scolaire ne monte pas avec cette contradiction d'un pays où on compte 80 % d'une tranche d'âge reçus au baccalauréat et une langue qui n'est pas comprise au point qu'il y ait besoin - pour secourir les journaux - de phrases courtes sans aucune référence culturelle. Si on cautionne ce plaisir facile et immédiat, alors, on a un problème. La civilisation doit être apprise, transmise et comprise. Une autre version du philosophe qui avait dit sur une autre antenne « qu'on ne devient pas soi-même par soi-même ». Si on est d'accord avec cette vision de la culture, on devrait remettre au centre de la société, non pas le Politique, mais la Pensée.


« LA GAUCHE A EPOUSE LE DESASTRE DONC ELLE N'EST PAS A MEME D'EPOUSER LA CIVILISATION »

A la question de savoir ce qu'il pensait de l'évaluation des ministres notamment du chiffre de 25 000 expulsions donné au Ministre de l'Immigration, du co-développement, de l'Intégration et de l'Identité Nationale, non atteint du reste, Alain Finkielkraut a répondu qu'une politique de civilisation en la matière ne pouvait être que du cas par cas. Il a ajouté que le cas par cas et la politique du chiffre sont inconciliables, en rappelant un autre legs de la civilisation : « l'économie ne résout pas tout ». Le philosophe appelle donc à la création d'une nouvelle Renaissance.

Mais alors, qui parmi les détenteurs de la parole pour véhiculer une pensée de la civilisation et une culture des plaisirs difficiles ? Les enseignants ? On connaît l'attachement théologique du philosophe à l'école républicaine, alors même que l'école républicaine ne favorise plus l'ascenseur social depuis longtemps. De plus, ça fait tout aussi longtemps qu'on sait que l'égalité républicaine est un mythe, depuis Pierre Bourdieu au moins, avec « les Héritiers » (1964). Avec ce paradoxe que l'école visait la démocratisation, elle a finalement abouti à la massification qu'elle a prise voire confondue avec la démocratisation du savoir. Nos facs déversoirs sont là pour en témoigner ; nos Universités en sont malades. La situation est telle que le Chef de l'Etat a promis d'en faire un grand chantier.

Qui pour véhiculer une pensée de la civilisation et une culture des plaisirs difficiles ? Les intellectuels qui contribuent à entretenir une culture élitiste borgne ? Pour l'anecdote, les chercheurs de l'EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) sont en grève depuis qu'on leur a annoncé le déménagement de leur Noble Institution, située au 54, bd Raspail dans le 6ème, pour la nouvelle cité des Humanités et des Sciences située à... Aubervilliers, en banlieue. Ils n'en sont toujours pas revenus. « Vous vous rendez compte, nous faire ça à nous ! » Comme dirait Louis de Funès, « Je suis humilié » disent-ils tous en c½ur, alors qu'ils sont spécialisés dans les recherches sur l'intégration des immigrés. Ils veulent bien étudier les immigrés sans les côtoyer.

Qui pour véhiculer une pensée de la civilisation et une culture des plaisirs difficiles ? Les mêmes intellectuels « bunkerisés » qui ont épousé les allées des Pouvoirs, engagés, qui dans des comités et des cénacles en tous genres, qui comme conseiller du Prince. L'auteur de « la défaite de la pensée » (1987) ira-il jusqu'à constater la défaite de l'intellectuel et du passeur d'idées autant que « les turpitudes » des autres acteurs de la cité ? Rieurs hilares votant dans l'émission de Thierry Ardisson ; banlieusards tapageurs à Villiers-le-Bel, acteurs civils casseurs des biens publics (Bartabas).

En admettant que les intellectuels veuillent bien reprendre la main sur l'éloge de la Pensée, Comment faire partager cette pensée avec les citoyens autrement que par la vente d'ouvrages et leur promotion médiatique ? C'est une première question. Comment se faire entendre dans une société ou le pouvoir médiatique est un passage obligé. C'est l'autre question.

Qui pour véhiculer une pensée de la civilisation et une culture des plaisirs difficiles ? Les journalistes ? Ceux-ci sont piégés dans l'engrenage de la société du spectacle où tout n'est que flux et reflux incessants ? Par ailleurs, ils sont fascinés par les Politiques.

Qui pour véhiculer une pensée de la civilisation et une culture des plaisirs difficiles ? L'opposition ? C'est-à-dire, la Gauche ? Réponse sans appel du philosophe, « la Gauche a épousé le désastre donc elle n'est pas à même d'épouser la civilisation ».

Qui pour véhiculer une pensée de la civilisation et une culture des plaisirs difficiles ? Le Religieux ? Peut-être bien, a suggéré le Président de la République dans son discours du Latran. Défaite de la laïcité ?

Qui pour véhiculer une pensée de la civilisation et une culture des plaisirs difficiles ? Les politiques ? En voie de « pipolisation » et fascinés eux-aussi par leur propre reflet médiatique ? Qui pour véhiculer une pensée de la civilisation et une culture des plaisirs difficiles ? Ces hommes et femmes politiques engagés dans une course frénétique des mandats au point que presque tous les ministres sont candidats aux municipales, y compris le Premier d'entre eux. A croire qu'ils sont tous en CDD (contrat à durée déterminée). Le matérialisme en politique n'est pas « un plaisir difficile » : c'est même presque trop facile. Ce matérialisme ressemble comme deux gouttes d'eau au machiavélisme et c'est visible.


LE RETOUR DE LA RADICALITE EN POLITIQUE


Face au machiavélisme politique, la réponse est la radicalité, même si Alain Finkielkraut déplore le « retour de cette radicalité en politique ». Si la radicalité n'est pas la réponse appropriée, quelle est donc l'alternative dans une société où la seule manière d'intéresser et d'influencer l'agenda des médias est de faire du bruit médiatique ; c'est-à-dire de reproduire les codes de procédures spectaculaires ? Quelle est l'alternative à l'absence de vision politique ? L'absence de la diversité des acteurs qui s'expriment dans les médias favorise la radicalité. Ici chez nous, lorsqu'on n'est pas populaire, il faut entrer de plain pied dans la résistance et l'illégalité pour intéresser les médias et prendre la parole : Les enfants de Don Quichotte, les actions du DAL (Droit au Logement) qui protègent les sans papiers et les mal logés de la rue de la Banque, les nuisances sonores des jeunes de banlieues, Bartabas, tous ces acteurs et citoyens n'ont pas d'alternative à la radicalité pour se faire entendre. C'est ça ou laisser « les oiseaux se cacher pour mourir ». La grève de la faim de José Bové commencée le 3 Janvier avec 15 autres militants altermondialistes a conduit le « gouvernement français a annoncé, ce vendredi 11 Janvier, l'activation de la clause de sauvegarde sur le maïs Monsanto 810, ce qui permettra d'interdire provisoirement en France la culture de cet OGM autorisé par Bruxelles, en attendant une réévaluation de ses effets par l'Union européenne (dépêche de l'agence Reuters) ». Il était difficile d'obtenir des résultats aussi rapides autrement tant la sélection médiatique et le cynisme des politiques se conjuguent à merveille.

On verra ce que feront les employés de la télévision publique lorsqu'il faudra supprimer la publicité sur leurs chaînes. L'Etat ne devrait pas tout régenter d'en haut. Le marché de l'audiovisuel est assez particulier pour laisser aux Directeurs des chaînes de télévision publique le soin de décider de la gestion quotidienne de leur outil. Par ailleurs, le marché de la publicité est privé ; ce ne sont pas des fonds publics. En quoi cette question peut-elle intéresser le Gouvernement au point d'être présentée en conférence de presse comme exemple d'une politique de civilisation ? Sans être spécialiste en économie, on comprend que moins d'argent privé implique des compensations budgétaires par les fonds publics ou des licenciements, à moins qu'il y ait un plan de privatisation cachée de l'audiovisuel. Où trouvera-t-on l'argent pour les compensations budgétaires, puisque le Président a lui-même dit que « les caisses de l'Etat étaient vides » ? Va-t-on procéder à des coupes sombres dans les effectifs pour éviter ces compensations financières ? Est-ce comme cela qu'on va traiter le chômage, en licenciant plus ? S'il y a un projet de privatisation, il faut le dire : la civilisation en politique exige aussi la transparence et l'honnêteté. Tout ceci reste peu clair. Encore une fois, l'absence de vision politique conduit à la radicalité. Souvenons-nous qu'elle a conduit à la Révolution dont mai 68 est le dernier avatar.

Oui à la politique de civilisation si l'exemplarité du Politique, la démystification des journalistes fascinés par le Politique et le retour de l'intellectuel dans la cité sont à l'ordre du jour.

Oui à la politique de civilisation qui « doit entrer dans la sphère de l'écologie », comme l'a dit Alain Finkielkraut. A condition que, par écologie, on ne reproduise pas le schéma d'une mission civilisatrice des banlieues, sur le modèle de la transmission du missionnaire en Afrique, au 19ème siècle. Il convient donc de rester vigilants sur les mots et les choses.

©Elise Mbock.






EDITO DU 18 OCTOBRE
LE NEW DEAL - TRAVAILLER PLUS POUR GAGNER PLUS.
QUI DIT MIEUX ?



LE NEW DEAL - TRAVAILLER PLUS POUR GAGNER PLUS. QUI DIT MIEUX ?



Travailler plus pour gagner plus. Dit comme cela, la chose est belle. La formule magnifique. Sur le terrain, elle ne résiste pas à la contradiction. Nos députés et nos élus cumulards, nos syndicalistes et nos boursicoteurs gagnent toujours plus en travaillant plus ou moins. Et le fonctionnaire le mieux payé au monde, le directeur du FMI, est justement celui qui est à la tête d'une institution censée s'occuper du développement des pays les plus pauvres du monde. C'est le «new deal».



Alors qu'on nous dit qu'il faut « travailler plus pour gagner plus » et qu'on nous annonce la réforme des régimes spéciaux, coup sur coup, nos journaux nous livrent deux scandales. L'important délit d'initié chez EADS, le groupe européen en charge du projet de l'Airbus 380 et le soupçon du financement occulte des syndicats. S'agissant d'EADS, on commence à toucher le fond de l'irresponsabilité collective. Chacun des responsables de l'époque au gouvernement (2006) nie toute connaissance de cette affaire, malgré les écrits qui démontrent le contraire. Comme il faudrait qu'on boive la coupe jusqu'à la lie, l'inspecteur des finances, chargé d'une mission de vérification des allégations des membres du gouvernement de l'époque, confirme les propos de ses alter ego. La Caisse de consignations et des dépôts (CDC), filiale de l'Etat confirme également : elle aurait agi seule, sans en référer à l'Etat, en dépit de l'obligation de soumission de la CDC à l'Etat en la matière. Comme le « pacte des actionnaires » dit que cela ne se peut pas, la commission des finances du Sénat, après avoir entendu Thierry Breton, le ministre des Finances en place lors de la vente des actions incriminées - 600 millions d'euros d'actions vendues par l'actionnaire Arnaud Lagardère à la CDC - qui a évidemment nié toute connaissance du sujet, va entendre M. Arnaud Lagardère qui affirme lui que son groupe avait bel et bien informé les services du Premier ministre de leur intention de vente des actions EADS à la banque IXIS CIB (qui agit pour le compte de la CDC) et de la possibilité qu'une partie de ces actions soit rachetée par la Caisse des dépôts. Dominique Strauss-Kahn, décidément à la une ces derniers temps, nomination à la tête du FMI oblige, sera lui aussi entendu par la même commission des finances du Sénat au titre de ministre des Finances en place en 1999, au moment du montage financier du projet EADS et sur le désormais fameux « pacte des actionnaires ». Tout comme le sera également l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, lui aussi très en vue pour cause d'affaire Clearstream. Signalons que l'ancien Premier ministre a nié les propos d'informations de Matignon d'Arnaud Lagardère.

Du côté des syndicats, outre le retrait de 20 millions d'euros en liquide du président de la fédération la plus puissante du Medef, l'Union des industries et métiers de la métallurgie (IUMM), plaque tournante syndicaliste. Le journal Les Echos nous apprend, le 16 octobre, l'existence d'une caisse noire d'un montant de 160 millions d'euros. D'où la question inévitable. Qui finançait cette caisse noire ? Il semblerait que celle-ci soit le produit d'un deal entre les entreprises et les syndicats où les unes achetaient ainsi la paix au sein des entreprises. Entre les syndicats, on devait donc se partager le pactole. Mais, voilà, comme les hommes politiques, tous les chefs syndicalistes nient avoir reçu un seul centime d'euro et jurent n'avoir jamais eu connaissance de l'existence d'une telle chose. Tout le monde est indigné, malgré, là-aussi, l'existence d'un livre, Je ne sais rien mais je dirais presque tout, d'Eric Branca qui détaille des pratiques de financement occulte des syndicats, qui datent du XIXe siècle, dont on a appris du reste qu'elles exonéraient les syndicats de tenir une comptabilité régulière et encore moins de la faire certifiée par qui de droit. Des « mauvaises langues » font aussi état du train de vie des syndicalistes. C'est peut-être l'interprétation de la phrase subliminale de Mme Laurence Parisot, la patronne du Medef qui dit ceci - sic ! : « Cette affaire, c'est comme un secret de famille. C'est quelque chose que nous ignorions, mais qu'inconsciemment certains savaient ».

Quoi qu'il en soit, alors même qu'on parle de la réforme des régimes spéciaux, il semblerait que certains régimes spéciaux soient plus spéciaux que d'autres et ne seraient pas concernés par la réforme... des régimes spéciaux. Ainsi, celui très spécial des parlementaires, régime intouchable.


Un régime très spécial : le régime des parlementaires.


D'abord nos parlementaires sont presque tous des cumulards. Réformer leur statut, c'est-à-dire mettre fin au cumul des mandats nécessite une autre réforme intellectuelle, pas seulement une réforme arithmétique d'un alignement sur 40 ans. Exemple de cumul dans Le Parisien (daté du 16/10, page 5) : on peut être député-maire d'une ville moyenne, président d'agglomération, patron du groupe parlementaire et travailler aussi... dans un cabinet d'avocats parisien ayant pignon sur rue. Soit on a affaire à un homme surnaturel, soit c'est du bluff.

Que dans une démocratie comme la nôtre, il soit encore possible de cumuler les fonctions au privé et au public n'a pas de qualificatif. En soi, le cumul des mandats est déjà une escroquerie républicaine insupportable avec laquelle il faut en finir. Comment peut-on y ajouter une casquette du privé, en toute irresponsabilité ?

Jean-Jacques Bourdin de RMC a rappelé que, pour chaque député non réélu, les Français devront payer 417 120 euros. C'est la nouvelle indemnité chômage des députés votée à l'unanimité par les députés de tous bords : UMP, PS, UDF et PCF à la fin de la mandature de Jean-Louis Debré, actuel président du Conseil constitutionnel, nommé par le président de la République, Jacques Chirac, avant son départ. Un député non réélu touchera pendant soixante mois au lieu de six mois son indemnité mensuelle nette qui est à ce jour (selon info sur site assemblée nationale) de 5 178 euros. Cette indemnité devrait être dégressive de 20 % par an. Mais, rien n'est moins sûr. En plus, à l'issue des cinq ans d'indemnités, les députés non réélus percevront « à vie ? » 20 % de ce traitement : soit 1 390 euros par mois, en faisant la sieste, pendant que les autres « travailleront plus pour gagner plus » et que les multirécidivistes se verront appliquer des peines plancher. Sans pitié, sans façon. On constate avec amertume que les députés savent parfaitement s'entendre lorsqu'il s'agit de s'octroyer des avantages sur le dos des Français (Source article convictions et actions sur le net).

Après les mandats cumulés, le cumul continue avec les retraites. Un mandat de député équivaut à 1 500 euros de retraite mensuelle, deux mandats à 3 000 euros, trois mandats à 4 500 euros et 4 à 6 000 euros. Ceci explique que la norme des mandats de nos députés soit de vingt ans. Cette retraite des députés est cumulative avec les retraites des autres mandats cumulés au même moment. L'indécence et l'imposture du cumul des mandats frisent l'éc½urement et le dégoût. Quand on ajoute à cela l'absence de représentativité de l'Assemblée nationale, où, tout de même, une formation politique comme le FN qui fait 10 % aux présidentielles n'a pas un seul député à l'Assemblée nationale, il est clair que la démocratie est confisquée par les partis majoritaires. Qu'ont-ils fait de cette confiscation des pouvoirs ?

Voici la réponse du Premier ministre « je suis à la tête d'un Etat en faillite qui n'a pas présenté de budget équilibré depuis vingt-cinq ans », c'est-à-dire que l'Etat aurait travaillé moins - puisque le compte n'y est pas. Qu'on n'objecte pas ici que c'est la faute au gouvernement et non au Parlement. Les membres du gouvernement et du Parlement sont issus des mêmes formations politiques et, le plus souvent, des mêmes écoles. Leur entente est parfaite et indéfectible. La preuve, le gouvernement a besoin d'avoir une majorité au Parlement pour le soutenir. Il s'agit donc d'une responsabilité collective. En nous invitant à « travailler plus pour gagner plus », que doit-on comprendre ? Que les efforts c'est pour le petit peuple, les petits actionnaires qui doivent se saigner pour transférer la richesse collectivement créée vers le haut, vers les « gros porteurs » de titres et de mandats syndicalistes et politiques ?

Coïncidence, l'ex-président des Etats-Unis Bill Clinton publie un livre qui s'intitule Donner, comment chacun de nous peut changer le monde où il demande aux citoyens du monde de donner de l'argent, du temps et du savoir, pour aider les pauvres. Il semblerait que ce livre ait soulevé un tollé aux Etats-Unis où les citoyens disent au président Clinton que son livre est le meilleur aveu de l'impuissance publique. Dans ces conditions de reconnaissance de l'impuissance publique, pourquoi son épouse serait-elle candidate à la présidence des Etats-Unis ? L'autre question - certainement tue - est celle-ci : qu'est-ce qui arrive à nos démocraties pour que les maris et les épouses - en attendant les concubines - soient tour à tour investis à la fonction présidentielle, exactement comme dans un régime royaliste ?


Les gains ne sont pas forcément indexés sur la valeur faciale du travail

La démocratie se termine donc comme un système oligarchique, avec une reproduction familiale des élites. Pierre Bourdieu avait appelé cela, en 1964, la « Noblesse d'Etat » et « les Héritiers ». Depuis, le système s'est perfectionné. Chaque corporation revendique une notabilité publique et s'en sert comme base de conquête des privilèges et des rentes, suivant en cela l'exemple qui vient d'en haut. J'ai appelé cela le clonage institutionnel. Le clonage institutionnel est cette relation de miroir qui existe entre les institutions. Il traduit cette fonction de fermeture qui les unit, puisque les institutions ne travaillent qu'entre elles dans un réseau puissamment cloné. La survalorisation de leur utilité publique, leur irresponsabilité et leur impunité est donc une conséquence de positions et de privilèges habilement conquis, au nez et à la barbe du citoyen. Les gains ne sont pas forcément indexés sur la valeur faciale du travail. Il y a une valeur ajoutée et une valeur surajoutée. Ce sont ces valeurs-là qui permettent de gagner plus, plus, plus.

Dernière nouvelle du clonage institutionnel, du côté du marché international de la pauvreté, la nomination de Dominique Strauss-Kahn au Fonds monétaire international. Pensez donc que le fonctionnaire le mieux payé au monde est justement celui qui est à la tête d'une institution censée s'occuper du développement des pays les plus pauvres du monde. Et ce président est socialiste. Selon Le Figaro, la rémunération annuelle de cette fonction est de 495 000 dollars nette d'impôt. Le directeur général du FMI disposera également d'une voiture de fonction, une Lincoln. Il touchera donc « plus que deux fois et demi le salaire du patron de la réserve fédérale » des Etats-Unis. On parle aussi de 50 000 euros de retraites par an environ. Cherchez l'erreur ! Il n'y en a pas. Les boeufs existent pour être inéluctablement conduits à l'abattoir. C'est ainsi qu'il était démontré, dans le cadre de la « françafrique » (livre de François Xavier Verschave, 1998 par exemple), que les pays pauvres d'Afrique ont vu leur dépendance s'accroître à force d'être aidés ; l'aide au développement étant bien souvent détournée pour financer de façon occulte, les partis politiques de gouvernement en France, avant la réforme de 1988 concernant le financement public des partis politiques. En outre, l'aide au développement était liée, c'est-à-dire conditionnée à la réalisation du projet de développement, pour lequel elle était attribuée, par le pays donateur de l'aide : vente de matériel et de fournitures diverses, emploi du personnel en provenance du pays donateur, les salaires, les primes d'expatriation et autres avantages professionnels sont payés sur l'enveloppe globale de l'aide. Exactement comme l'Etat met à la disposition des syndicats, des fonctionnaires, des locaux et des subventions de fonctionnement, tous réglés par l'Etat.


Mêmes pratiques politiques, mêmes pratiques syndicalistes, mêmes pratiques multinationales.

Dans Le Scandale et la Honte, Bernard Schneider a démontré, en 1996 déjà, comment l'aide au développement était devenu un marché important qui profitait d'abord aux pays riches en disant ceci, je cite : « les salaires des experts internationaux, les coûts des titres de transport et d'hébergement en hôtel quatre ou cinq étoiles, les frais affectés à l'organisation des séminaires sur le développement ainsi que ceux relevant des protocoles administratifs engloutissent plus de 90 % des sommes allouées à l'aide. En sorte que 5 % seulement de l'aide irait effectivement à ce pour quoi elle était destinée ». L'aide au développement n'est ni plus ni moins qu'un marché de développement conçu par et pour le profit des initiateurs, c'est-à-dire, les Etats donateurs, le FMI, la Banque mondiale et leurs commis respectifs. Là-dessus, le FMI a posé avec les plans d'ajustements structurels, depuis 1985, des critères de conditionnalité de l'attribution de l'aide au développement. Parmi ceux-ci, les pays demandeurs se voient contraints de privatiser les secteurs énergétiques et névralgiques de leur économie. Ce qui aboutit à la cession des pans entiers de la souveraineté de ces pays pauvres aux multinationales.

« Travailler plus pour gagner plus ». Allez donc le dire à l'Afrique et aux Africains ! Cela ne se peut pas, car le marché international et les cours financiers sont gérés par les pays riches et c'est le débat actuel à l'OMC « pour un commerce mondial équitable » où on cesserait de subventionner les gros producteurs du Nord afin qu'ils produisent toujours plus, avec un risque proche de zéro - des produits qui viennent concurrencer déloyalement les produits locaux en Afrique, tuant ainsi la production locale et les acteurs locaux. Les mêmes subventions empêchent les producteurs de l'Afrique d'être compétitifs sur le marché. Coup double donc pour les gros producteurs du Nord ! « Travailler plus pour gagner plus » est une formule qui s'applique au marché du travail des pauvres. C'est un ordre national et international dédoublé. Et institutionnellement cloné.

Alors qui dit mieux ? La voix de la sagesse qui nous vient de la nuit des temps et qui dit que « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » et « qu'à chaque jour suffit sa peine ». Dans cette sagesse, il n'a jamais été question d'aller se tuer à la tâche, tout comme il n'est question que de gagner son pain - le symbole d'une rétribution juste et honnête - et non de s'enrichir sur le dos de la société ou de la mondialisation, à l'instar de nos nouveaux rentiers qui, pour satisfaire leur soif illimitée de mandats en stocks, et des stocks de titres, sans parler du train de vie sultanesque, assujettissent des pays entiers et rendent les masses corvéables à merci.


© Elise Mbock.
Octobre 2007.












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# Posté le mardi 17 avril 2007 18:46

Modifié le lundi 31 mars 2008 06:12

CANTONALES 2008 : UNE HISTOIRE SE TERMINE - UNE AUTRE COMMENCE...

CANTONALES 2008 : UNE HISTOIRE SE TERMINE - UNE AUTRE COMMENCE...
EDITO DE FIN DE CAMPAGNE



ABSTENTION ET CUMUL DES MANDATS : LE DEGRE ZERO DE LA DEMOCRATIE


AUX ARMES CITOYENS ! C'était le cri de nos ancêtres, en 1789, lancés à la conquête du droit de vote réservé jusque là aux seuls Nobles et Notabilités, moyennant le paiement d'un droit : le Cens. Aujourd'hui, la démocratie obtenue au prix du sang versé par les révolutionnaires est piétinée par des hordes d'abstentionnistes : des barbares qui foulent aux pieds les acquis de la civilisation. L'abstention et le cumul des mandats c'est la même barbarie ; c'est la même immoralité, c'est la même inconscience politique.


J'étais candidate aux élections cantonales sur le canton de l'Isle d'Abeau. Ce canton se trouve sur l'une des villes nouvelles bâties dans les années 1970, pour désengorger les grandes centres urbains tels que Lyon, Marseille et la région parisienne. Le canton de l'Isle d'Abeau regroupe trois communes : Villefontaine, L'Isle d'Abeau et Vaulx-Milieu et compte 35 OOO habitants environ. Géographiquement, nous sommes à 35 kms de Lyon et à 70 kms de Grenoble. Administrativement, nous dépendons du Département de l'Isère. Nous sommes en quelque sorte la frontière Nord de l'Isère. Désormais, quand vous entendrez parler du Nord Isère, vous saurez ce que c'est.

Je me suis présentée pour la première fois - Sans étiquette – L'UNEC [l'Union des Nations de l'Europe Chrétienne] m'a soutenue dans cette démarche. Le Journal Chrétien également. En tant qu'association, l'UNEC n'est pas éligible au soutien officiel d'une candidature. L'UNEC envisage donc de créer un parti politique pour assortir la foi avec l'Eglise Universelle, c'est-à-dire avec vous et moi. Partager cette foi avec les autres dans la vie quotidienne.

Première élection sans étiquette dans un canton très couru : nous étions 6 candidats dont 2 de circonstances : Les Verts et le PC qui se sont désolidarisés du PS aux cantonales alors que, dans le même temps, ils étaient ensemble sur les listes des municipales. Désolidarisés au premier tour des cantonales pour mieux se réconcilier au second tour. C'est comme cela qu'on fait monter les enchères en politique et qu'on désoriente certains électeurs. Vous allez me dire qu'ils n'ont pas besoin de cela pour s'abstenir et vous avez bien raison. A l'arrivée, taux d'abstention historique : 51 % au premier tour et 55 % au second tour sur mon canton. Pour une moyenne nationale établie par le Journal Le Monde du 18 mars à 44,7 %.

Sur mon territoire, sur 19 000 inscrits, 9 000 seulement ont voté au premier tour et 8 000 au second tour. Rapportés au nombre d'inscrits, les résultats ne représentent presque plus rien. Par exemple, la liste des Verts a été créditée de 12 % des votants au premier tour. Pourtant, rapportés aux 19 000 électeurs inscrits, leurs 1 153 voix ne correspondent pas au 10 % des électeurs inscrits requis pour être présents au second tour. Exit donc.

Plus ubuesque encore, sur les 6 candidats que nous étions, seul le conseiller général sortant (PS) qui se présentait pour un troisième mandat, a réalisé les 10 % des inscrits. Mais, avec un pourcentage de 46,73 % de voix, il ne pouvait pas être déclaré vainqueur de fait au premier tour puisqu'il faut nécessairement avoir plus de 50 %. Le deuxième en voix – candidat UMP a donc été repêché pour un second tour de pure forme.

Voilà comment les abstentionnistes finissent par tronquer la démocratie. Quand nos ancêtres ont fait la Révolution en 1789, ils n'avaient jamais imaginé qu'on ne puisse pas aller voter et encore moins qu'on critique un système et qu'on reste assis chez soi le jour J où le changement est possible. Aux armes citoyens, criaient-ils ! Lève-toi et marche avait ordonné le Christ à Lazare pour le ressusciter. Et Lazare s'était levé. Et Lazare avait marché. Aujourd'hui, le citoyen est assis dans son fauteuil certainement en train de regarder les reality shows. D'autres dorment le jour du vote. Jusqu'ici, le prétexte tout trouvé était le suivant : ce sont toujours les mêmes pour qui il faut voter. Les élus ne sont pas représentatifs de la diversité de la population. Ou encore, autre version, les promesses ne sont jamais tenues. Ce discours est devenu l'explication universelle de la prise en otage de la démocratie par les élus et les partis politiques.

L'absence de culture politique et civique expliquent l'abstention et la faiblesse populaire.

Mécaniquement, la logique électorale est d'une simplicité biblique. Les 35 – 40 % de base sont réservés aux partis politiques classiques : PS, UMP, Verts et PC dans une moindre mesure. Une participation établie à 40 % favorise les partis classiques. Les élections ne peuvent basculer qu'au-delà de cette participation. Il suffirait que la participation passe à 60 % pour que les nouveaux visages en politique soient élus. Ce sont les indécis et ceux qui disent ne pas trouver candidat à leur image qui peuvent faire basculer les générations d'élus. Ils sont 50 % et ils pensent qu'ils ne peuvent rien faire ! Le peuple ment. Voilà le terrible message de cette élection : on a coutume de dire que ce sont les élus qui mentent au peuple. Peut-être bien. Le citoyen lui-même est un menteur : il se ment à lui-même ; il ment aux élus et il trompe les concitoyens. Ce mensonge a un nom : J'appelle cela la paresse populaire, j'appelle cela la faiblesse populaire.

Retour de campagne avec cette interrogation inattendue : le citoyen serait-il un menteur ? A moins que sa sous culture politique le conduise à dissimuler son incapacité et son ignorance sous une éternelle indignation, sous une indifférence feinte et simulée voire sous une violence surjouée (version émeutes des banlieues). Depuis peu, on assiste chez beaucoup de français issus de l'immigration (abstentionnistes notoires) à un engagement névrotique dans la pratique de la religion. Le Religieux serait-il devenu un lieu refuge commode d'autant plus qu'il n y a aucun risque que l'on croit au Père ou pas ? Franchement, qu'y a-t-il de plus facile que de prier et d'aller dans les lieux de culte, dès lors que les fidèles sont tous convaincus – et ils se le répètent à l'envi - que Jésus est mort sur la croix pour nous sauver de nos pêchés ou que Le Messie (re)viendra pour le faire à notre place. Qu'on se le dise, l'humanité a été sauvée une fois pour toutes par le sang versé du Christ sur le Golgotha. Alléluia !

« Dieu est celui qui répond de la grandeur de l'homme » et non pas de sa faiblesse.

J'ai trouvé cette phrase sublime de P. Gustave Martelet, jésuite et théologien dans un excellent entretien paru dans le Journal La Croix du samedi 22 mars : « On pense souvent que Jésus n'est mort que pour nos péchés, ce n'est pas vrai ! Jésus est mort pour témoigner du père ! Et il nous arrache au péché de ne pas croire au Père. Ce n'est pas tout. Nous aussi, nous devenons des fils. C'est l'épiphanie de notre vocation». Il ajoute ceci : « Dieu est celui qui répond de la grandeur de l'homme » et non pas de sa faiblesse (note de l'auteur).

L'histoire donnera raison à Monsieur Le PEN sur ce point : à quoi sert-il de distribuer la nationalité française à des personnes qui n'en ont ni l'utilité et qui ne possèdent pas le code symbolique identitaire de cette nationalité ? Oui, la nationalité française est un honneur. Oui, la nationalité française doit être méritée. Faute d'avoir éduqué les futurs récipiendaires au préalable sur les devoirs et les exigences de l'attribution de la nationalité française, nos dirigeants sont responsables et coupables de l'abstention grotesque qui dérègle le pacte démocratique. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le taux de l'abstention est précisément le plus élevé dans les banlieues populaires, bastions de l'immigration. Et ce n'est pas un hasard non plus si la prime aux cumulards fonctionne toujours. Seul échec : François Bayrou. Mais comment s'en étonner. A partir du moment où un ex futur candidat aux Présidentielles, Député de la République se présente aux élections municipales, où est la pédagogie ? Où est le Surmoi ? Zéro de conduite donc.

L'abstention et le cumul des mandats, c'est la même barbarie ; c'est la même immoralité ; c'est la même inconscience politique. C'est ainsi qu'on tend vers le degré zéro de la démocratie. Le projet révolutionnaire n'a été possible que parce qu'il y avait un peuple fort et des leaders éclairés. A partir du moment où le peuple est faible et paresseux, où les dirigeants sont à leur tour aliénés par les mandats politiques, la liberté se meurt, l'espoir s'étiole, l'avenir s'assombrit et nous assistons impuissants au retour de la barbarie.-


Elise Mbock.
© 27 Mars 2008.



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# Posté le lundi 09 avril 2007 14:31

Modifié le vendredi 18 avril 2008 11:58